_Une accuité permettant au pratiquant de percevoir, voire contrôler l'intention agressive de l'adversaire... A ce niveau... Il s'agit d'une capacité déployée par un "pratiquant bien avancé"; Morihei Ueshiba rapporte ainsi le phénomène qu'il expérimenta en Mandchourie face à des soldats ou bandits de grand chemin, lorsqu'il accompagna Maître Deguchi pour y construire un centre spirituel pour l'amour et la fraternité universelle. Il décrit ainsi son expérience : "Un instant avant que mon adversaire n'attaque, je vois une petite lumière blanche, de la dimension d'un petit pois, se déplacer et, tout de suite après, le bokken suit exactement le trajet de cette lumière; je peux donc facilement éviter le sabre en évitant cette lumière blanche."                                    Kenji Tokitsu "La voie du karaté" p.116
Plus près de nous, Kenji Tokitsu relate un ressenti similaire:
"En accumulant l'expérience de combats avec casque et gants, lorsqu'un adversaire voulait lancer une attaque, j'ai commencé à percevoir une zone légèrement blanche, comme une brume dirigée vers moi à partir de son corps. cette zone correspondait à l'espace où il était dangereux pour moi, où son attaque pouvait m'atteindre. En me situant en dehors de cette zone, j'étais en sécurité. Dans les moments du combat qui n'étaient pas cruciaux, je ne percevais pas cette sensation. En me fiant à cette perception, mon combat est devenu assuré."                                        Kenji Tokitsu "La recherche du Ki dans le combat" p.95
Le Ritsu-Zen, ou Posture de l'arbre peut se définir, pour le pratiquant, comme une "pratique de base", un exercice incontournable pour percevoir et développer les flux d'énergie qui circulent en lui.
Cette sensation subtile de chaleur rayonnante constituera, au cours de son cheminement, le matériau de base et l'étalonnage permanent pour apprécier l'avancée de sa progression: le but étant d'habiter le mouvement par les sensations développées dans l'immobilité apparente, afin de pouvoir, peu à peu, canaliser, "domestiquer" cette énergie intérieure et permettre au pratiquant de l'utiliser pour interagir concrètement avec son environnement.
Ce travail subtil, "invisible", permet de densifier l'expression martiale du combattant par:

_Une puissance démultipliée, qui s'apparente moins à un travail de coordination musculaire qu'à une capacité à mobiliser consciemment cette énergie interne afin de dépasser les limites propres à un entraînement "sportif".
Bruce Lee, en adepte chevronné, expérimenta lui aussi ce procédé pour mettre au point sa célèbre technique du "one inch power punch" qu'il dévoila, sur la vidéo de droite, lors de sa démonstration à Long Beach en 1964.
Sa technique au sac lourd renseigne également sur la puissance incroyable par ce formidable adepte qui émargeait aux alentours de soixante kilos seulement...

Le Ki retrouvé

A l'issue de ce remarquable ouvrage, il est clair que dans la recherche du Ki, Kenji Tokitsu semble s'être bien avancé. Et ce n'est pas tant l'exposé de son itinéraire, que la qualité littéraire du récit qui amène à cette évidence: l'utilisation subtile d'un champ lexical étendu, une instrumentalisation aboutie des rythmes, prêtent corps à une harmonie qui ne peut être recrée que par la maîtrise de l'Art que l'auteur invite à "rechercher". Le constat est d'autant plus remarquable que cette aptitude semble s'être affirmée au fil du temps, dans un esprit finalement trés "budo" d'amélioration avec le temps.
On peut se rappeller à la lecture utilitaire de ses premiers ouvrages (notamment "Les katas" que l'on peut en général consulter dans les bibliothèques de STAPS) dont l'expression semblait comme engoncée par l'emprunt d'une grille de lecture sociologique assez pesante.
La première différence est là: Toujours aussi sérieux, les derniers livres de Kenji Tokitsu "se descendent" comme des romans; et "La recherche du Ki dans le combat" se révèle d'autant plus agréable à parcourir qu'on y découvre en bonne place un... Esprit Précurseur... avec qui Kenji Tokitsu se lie d'amitié: Le Professeur Yayama, un éminent chirurgien cancérologue, qui a intégré à sa pratique médicale des éléments tirés de différentes traditions énergétiques orientales, et qui partage avec son "compatriote français", outre le même intérêt pour les arts martiaux (les mêmes hobbys...), le même soucis d'extraire de sa gangue de "mystification mystique" un Héritage confisqué, méritant d'être transmis et étudié dans un état d'esprit pragmatique et désintéressé...
Avec "La recherche du Ki dans le combat", on est déjà dans la réponse à ce défi face auquel Kenji Tokitsu ne s'est pas caché: revitaliser le Budo; en le dotant d'un support permettant de crédibiliser son idéal de progression dans le temps, par delà la dimension peurement physique, "sportive", de ces disciplines martiales..

Ce support, c'est l'énergie, et la méthode, une intégration martiale enrichie avec l'apport déterminant des travaux du Professeur Yayama.

Bruce_Lee

Au fil de la lecture, on ne cesse de s'étonner du tour de force permanent qui consiste, pour l'auteur, à allier pour sa recherche, la perséverance inaltérable du Paysan laborieux, et la profondeur d'analyse, la curiosité insatiable de l'Universitaire passionné.
C'est ça, vraiment, se donner les "moyens" de faire de la recherche.

«Pour achever un projet pénible, il faut fixer un minimum de travail qu'on réalise quoi qu'il arrive. C'est un savoir-faire que j'avais acquis. J'ai donc fait le voeu de ne jamais manquer un jour d'exercice de ritzu-zen -au minimum cinq minutes- et j'ai fixé comme critère deux heures par jour. Je sais que l'homme est paresseux. J'ai donc pris chaque jour des notes sur l'exercice de ritzu-zen. Je faisais l'addition à la fin de la semaine, s'il manquait alors des heures je devais compléter par des exercices supplémentaires. »
Kenji Tokitsu La recherche du Ki dans le combat P.32

Ce "sur-effort", cette expérience qu'il s'est évertué à approfondir au quotidien, lui a permis d'appréhender et circonscrire le potentiel effectif de chaque méthode énergétique étudiée; avec le même degré de certitude qu'il aurait pu retirer de l'exploration d'un champ d'étude moins subtil et subjectif.

        Oh my God !! :
Ce que chercher veut dire