Le Ki retrouvé
A l'issue de ce remarquable ouvrage, il est clair que dans la recherche du Ki, Kenji Tokitsu semble s'être bien avancé. Et ce n'est pas tant l'exposé de son itinéraire, que la qualité littéraire du récit qui amène à cette évidence: l'utilisation subtile d'un champ lexical étendu, une instrumentalisation aboutie des rythmes, prêtent corps à une harmonie qui ne peut être recrée que par la maîtrise de l'Art que l'auteur invite à "rechercher". Le constat est d'autant plus remarquable que cette aptitude semble s'être affirmée au fil du temps, dans un esprit finalement trés "budo" d'amélioration avec le temps.
On peut se rappeller à la lecture utilitaire de ses premiers ouvrages (notamment "Les katas" que l'on peut en général consulter dans les bibliothèques de STAPS) dont l'expression semblait comme engoncée par l'emprunt d'une grille de lecture sociologique assez pesante.
La première différence est là: Toujours aussi sérieux, les derniers livres de Kenji Tokitsu "se descendent" comme des romans; et "La recherche du Ki dans le combat" se révèle d'autant plus agréable à parcourir qu'on y découvre en bonne place un... Esprit Précurseur... avec qui Kenji Tokitsu se lie d'amitié: Le Professeur Yayama, un éminent chirurgien cancérologue, qui a intégré à sa pratique médicale des éléments tirés de différentes traditions énergétiques orientales, et qui partage avec son "compatriote français", outre le même intérêt pour les arts martiaux (les mêmes hobbys...), le même soucis d'extraire de sa gangue de "mystification mystique" un Héritage confisqué, méritant d'être transmis et étudié dans un état d'esprit pragmatique et désintéressé...
Avec "La recherche du Ki dans le combat", on est déjà dans la réponse à ce défi face auquel Kenji Tokitsu ne s'est pas caché: revitaliser le Budo; en le dotant d'un support permettant de crédibiliser son idéal de progression dans le temps, par delà la dimension peurement physique, "sportive", de ces disciplines martiales..
Ce support, c'est l'énergie, et la méthode, une intégration martiale enrichie avec l'apport déterminant des travaux du Professeur Yayama.

Au fil de la lecture, on ne cesse de s'étonner du tour de force permanent qui consiste, pour l'auteur, à allier pour sa recherche, la perséverance inaltérable du Paysan laborieux, et la profondeur d'analyse, la curiosité insatiable de l'Universitaire passionné.
C'est ça, vraiment, se donner les "moyens" de faire de la recherche.
«Pour achever un projet pénible, il faut fixer un minimum de travail qu'on réalise quoi qu'il arrive. C'est un savoir-faire que j'avais acquis. J'ai donc fait le voeu de ne jamais manquer un jour d'exercice de ritzu-zen -au minimum cinq minutes- et j'ai fixé comme critère deux heures par jour. Je sais que l'homme est paresseux. J'ai donc pris chaque jour des notes sur l'exercice de ritzu-zen. Je faisais l'addition à la fin de la semaine, s'il manquait alors des heures je devais compléter par des exercices supplémentaires. »
Kenji Tokitsu La recherche du Ki dans le combat P.32
Ce "sur-effort", cette expérience qu'il s'est évertué à approfondir au quotidien, lui a permis d'appréhender et circonscrire le potentiel effectif de chaque méthode énergétique étudiée; avec le même degré de certitude qu'il aurait pu retirer de l'exploration d'un champ d'étude moins subtil et subjectif.


